Soudan : l’impossible « reconstruction » dans un contexte de fragmentation et de loyautés multiples
Image : Le général Al‑Burhan, chef de la transition soudanaise, entouré de ses officiers. Par : Analyse Mahamat Ali Kalyani – La Rédaction Charilogone
La guerre qui déchire aujourd’hui le Soudan a révélé l’ampleur de la crise qui mine l’institution militaire, longtemps perçue comme l’un des derniers piliers de l’État. Dans un pays où prolifèrent plus d’une centaine de groupes armés, où les alliances se font et se défont au gré des rapports de force, et où l’armée régulière elle‑même est accusée d’être traversée par des courants idéologiques concurrents, l’idée d’une « reconstruction de l’armée nationale » apparaît moins comme un projet stratégique que comme un slogan politique. L’analyse qui suit met en lumière les contradictions internes, les rivalités de pouvoir et les risques structurels qui rendent cette reconstruction presque impossible dans le contexte actuel.
Dans un paysage soudanais où coexistent plus d’une centaine de groupes armés, et où l’armée régulière est depuis longtemps accusée par des acteurs politiques et militaires d’être infiltrée par des courants idéologiques, parler de « reconstruction de l’armée nationale » relève davantage du slogan politique que d’un projet réaliste sur le terrain.
La réalité actuelle montre que l’institution militaire évolue dans un climat de méfiance mutuelle entre ses différentes alliances. Le commandement actuel, incarné par le général Al‑Burhan, bénéficiait au début de la guerre du soutien de factions islamistes. Il s’est ensuite retrouvé en opposition avec certaines de ces brigades, entre arrestations, poursuites judiciaires et réduction de leur influence. Pour de nombreux observateurs, ce revirement ne traduit pas un changement de doctrine nationale, mais plutôt une stratégie visant à gérer les équilibres de pouvoir et à empêcher l’émergence de groupes armés susceptibles de menacer directement le centre du pouvoir.
Parallèlement, Al‑Burhan s’appuie sur des unités à ancrage tribal et régional et rouvre des canaux avec d’anciens combattants et des groupes dissidents sous le slogan du « retour au giron de la patrie ». Selon des analystes, cette démarche ne relève pas tant d’une volonté de réconciliation que d’une anticipation de nouveaux scénarios de guerre, qui pourraient être rebaptisés ultérieurement.
L’idée d’intégrer toutes ces formations au sein de l’armée se heurte à un obstacle fondamental sur le plan institutionnel. Regrouper au sein d’une même structure des groupes armés aux références tribales, idéologiques et aux intérêts divergents risque de transformer l’armée soudanaise en une simple bannière pour des loyautés concurrentes, plutôt que d’en faire le garant de l’unité nationale.
D’où ce constat : on ne peut pas rassembler des éléments hétérogènes au sein d’un même corps et espérer que ce corps guérisse. Sans s’attaquer aux causes profondes de la politisation, du clientélisme et des loyautés étroites, l’intégration risque de diffuser les divisions au cœur même de l’institution, au lieu de les résorber.
La conséquence est claire : si l’armée soudanaise perd sa doctrine nationale unique pour devenir une mosaïque de loyautés, elle cessera d’être une institution nationale cohérente. Dans ce cas, sa crise ne sera plus seulement militaire, mais pourrait devenir le prélude à une crise existentielle pour l’État soudanais tout entier.
Par : Analyse Mahamat Ali Kalyani – La Rédaction Charilogone
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