TCHAD: DE LA SOUVERAINETÉ DANS NOS PROJETS STRATÉGIQUES
TCHAD: DE LA SOUVERAINETÉ DANS NOS PROJETS STRATÉGIQUESPar : Djoret.
Le Tchad s’est engagé dans deux projets majeurs dans le secteur aéroportuaire : la rénovation de l’aéroport international Hassan Djamouss de N’Djamena et la construction d’un nouvel aéroport international à Djermaya. Ces initiatives, bien que porteuses de promesses, révèlent des incohérences stratégiques qui questionnent la vision globale et la souveraineté de leur mise en œuvre.
En effet, la proximité géographique des deux aéroports (Hassan Djamouss et Djermaya) et le chevauchement apparent de leurs fonctions posent un problème de redondance économique. Alors que l’aéroport de Djermaya ambitionne d’être une infrastructure moderne, conforme aux normes internationales, la rénovation de Hassan Djamouss, financée à hauteur de plus de 20 milliards FCFA par des fonds français, risque de produire des investissements difficilement rentabilisables avant que le nouvel aéroport ne devienne opérationnel, possiblement dans moins de dix ans.
Les deux projets reposent en grande partie sur des financements étrangers. Tandis que la rénovation de Hassan Djamouss est portée par des fonds français, des investisseurs chinois sont pressentis pour Djermaya.
Bien que ces contributions soient nécessaires, elles renforcent la dépendance économique du pays et risquent d’orienter les priorités nationales au détriment d’une vision souveraine. Cette dépendance pourrait également accentuer la compétition géopolitique autour des infrastructures stratégiques du Tchad, limitant la marge de manœuvre locale dans leur gestion et leur exploitation.
Nous avons formulé une proposition visionnaire pour la souveraineté et le développement de notre pays et avons sollicité vainement une rencontre avec les Autorités pour en discuter. En effet, le site actuel de l’aéroport de N’Djamena offre une opportunité unique de reconversion en un quartier d’affaires ultramoderne. Inspirée par des modèles réalisés avec succès dans d’autres pays comme le Mali et la Mauritanie, cette transformation pourrait financer la construction du nouvel aéroport grâce à la vente et à l’aménagement de cette zone estimée à plus de 10 hectares, incluant les terrains de la base militaire française en cours de démantèlement et la poudrière. Cette approche contribuerait à réduire l’endettement et à renforcer l’autonomie financière du Tchad.
Dans le contexte actuel, il est indispensable de faire le choix d’une stratégie cohérente et souveraine:
1. Adopter une vision nationale intégrée :
o Élaborer un plan stratégique articulant les rôles respectifs des deux aéroports et un calendrier réaliste pour leur mise en œuvre.
o Prévoir dès maintenant l’utilisation future de l’actuel aéroport Hassan Djamouss une fois que Djermaya sera opérationnel.
o Mettre en place une structure dédiée à la supervision, la coordination et l’alignement de ces projets avec les objectifs de développement durable et les priorités nationales.
2. Renforcer la souveraineté économique en soutenant le projet du quartier d’affaires :
o Transformer l’ancienne zone aéroportuaire en un pôle économique ultramoderne (voir maquette en cours d’affinement), catalyseur de croissance et d’aménagement urbain, en évitant toute interférence liée à une exploitation prolongée de l’aeroport Hassan Djamouss.
o Financer le nouvel aéroport grâce à la valorisation de l’espace actuel de l’aéroport de N’Djamena, y compris les zones militaires et industrielles environnantes, pour limiter le recours aux emprunts extérieurs.
En conclusion, le projet de rénovation de Hassan Djamouss, tel qu’il est actuellement conçu, entre en concurrence directe avec le nouvel aéroport proposé à Linia (au lieu de Djermaya) et crée des risques sécuritaires évidents en cette période où la tension entre les deux pays (France et Tchad) est au plus fort. Un redimensionnement minimaliste du projet de rénovation est indispensable pour recentrer les ressources et l’attention sur le développement du nouvel aéroport et du quartier d’affaires moderne, appelés à devenir des leviers de transformation pour le pays.
Plus globalement, la souveraineté du Tchad ne doit pas se limiter aux questions militaires.
Elle doit également s’exprimer dans la conception, le financement et la gestion de ses projets stratégiques. En harmonisant les deux projets aéroportuaires avec la création du quartier d’affaires, le Tchad peut transformer ces initiatives en moteurs de croissance et d’indépendance économique.
Ce défi exige un leadership visionnaire et une gestion rigoureuse, mais il représente une opportunité unique de positionner le pays parmi les économies en croissance soutenue tout en affirmant son autonomie décisionnelle.
(à gauche, possible transformation de la zone aéroportuaire actuelle, à droite: plan de la zone aéroportuaire actuelle).
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