Soudan: La diplomatie usée et le discours de privilège apeuré
Par: Dr. Al-Walid Adam Madibo - La Rédaction CharilogoneL’État soudanais n’est pas né d’un contrat social, ni d’un compromis historique entre des composantes égales. Il est né—comme naissent toujours les États d’apartheid—d’un excédent de force, d’une économie de privilège et d’une conscience arrogante qui se voit comme centre et considère les autres comme matière à exploiter. Ce n’est pas un État qui a dévié, mais un État qui s’est constitué contre la majorité de sa population. Comme l’a dit Frantz Fanon : le colonialisme ne se trompe pas lorsqu’il réprime ; il accomplit sa fonction naturelle. De même, l’État de privilège ne trahit pas lorsqu’il tue, il pousse sa logique jusqu’au bout.
Cette structure s’est manifestée dans des épisodes qui ne peuvent être réduits à de simples “erreurs historiques” : le long massacre au Sud-Soudan, le génocide au Darfour, et le ciblage ethnique systématique des communautés dites zurqa, y compris les habitants des kanabi—ceux qui ont vécu plus d’un siècle en dehors de la définition de “citoyen”, privés de droits politiques, économiques et sociaux, traités comme des travailleurs forcés et des citoyens de seconde zone, sans représentation, sans protection, sans horizon.
Que le chef de cet État, par le biais d’une diplomatie usée, réclame à la tribune des Nations Unies le retrait des sites contrôlés “par la force” par les Forces de soutien rapide et la remise de leurs armes à l’armée, n’est pas seulement risible : c’est la preuve de la déconnexion de l’État avec la réalité. Ce n’est pas un discours de souveraineté, mais un discours de privilège apeuré, qui voit dans la perte de contrôle la fin du monde, et non le début de la reddition de comptes.
La contradiction flagrante est que Burhan lui-même avait déclaré que les négociations ne commenceraient qu’après le départ des Forces de soutien rapide des maisons des citoyens à Khartoum. Et lorsque ces forces se sont retirées, il n’a pas choisi la paix, mais a préparé des campagnes de représailles, dirigeant à nouveau la machine de mort vers le Darfour et le Kordofan. Les combats, jusqu’à ce jour, visent les campagnes et les villes par avions et drones, reproduisant de manière brutale la logique de l’apartheid : quand l’État échoue à imposer l’obéissance, il recourt à l’humiliation du corps collectif.
Ce paradoxe ne surprend guère si l’on comprend la mentalité des élites militaires qui ont gouverné le Soudan pendant des décennies : des élites qui se considèrent naturellement légitimes au pouvoir et voient les ressources du pays comme une propriété exclusive qui ne doit pas revenir à “d’autres”. Et voici l’armée, centenaire, en fuite, humiliée, son orgueil brisé, non pas parce que ses adversaires sont des anges, mais parce qu’elle a semé la corruption, opprimé le peuple et l’a méprisé à chaque étape cruciale de l’histoire nationale. Comme le dit le Coran, ils “persistaient dans le grand parjure”.
Ce n’est pas la faiblesse des armes, mais le mépris des gens qui a conduit cette armée à la défaite. Au lieu de réfléchir à la justice pour les opprimés des kanabi et des quartiers marginalisés de Khartoum, l’État de “l’apartheid jalabi” s’est acharné contre eux : les humiliant, les tuant, détruisant leurs habitations précaires—ces refuges temporaires après que les avions de guerre les ont chassés de leurs villages, transformant la géographie elle-même en instrument de punition.
Il faut reconnaître—sans détour—que cette armée n’a jamais été une institution nationale neutre, mais l’épine dorsale de l’État de privilège, l’outil utilisé par les élites nilotiques pour soumettre la périphérie par la force. Mais ce masque est tombé aux yeux du monde, lorsque le génocide n’a plus pu être nié, après des rapports documentés—dont des enquêtes internationales—prouvant la commission de crimes de génocide et toutes formes de ciblage ethnique, tribal et régional, en particulier contre les tribus de l’Ouest et les communautés zurqa.
En conclusion, tout discours sur “la réforme de l’armée”, “un règlement politique” ou “l’unité nationale” sans démantèlement de l’État d’apartheid n’est qu’un recyclage de la violence dans un langage adouci. L’État construit sur l’exclusion ne se répare pas, il se démantèle. L’Afrique du Sud n’a pas triomphé parce qu’elle a négocié avec l’apartheid, mais parce qu’elle lui a d’abord retiré sa légitimité morale, puis politique, puis historique. C’est le seul chemin.
Ce n’est pas un discours de haine, mais un discours de libération. Ce n’est pas un appel au chaos, mais la proclamation de la fin d’un État devenu invivable. Soit le Soudan est redéfini comme une patrie égale pour tous ses enfants, soit l’État de l’apartheid jalabi continue—bombardant, mentant, exigeant l’obéissance de ses victimes… jusqu’à ce qu’il s’effondre, comme s’effondrent tous les États qui ont gouverné contre leurs peuples.
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